Religion catholique

« Aucun délai de prescription pour l’Amour véritable : il est d’Eternité ! »

À l’attention du Pape François et des responsables haut placés de l’institution ecclésiale,

À vous qui faites les lois ecclésiales et veillez à leur application, qui parfois les défaites -voire les transgressent quand il s’agit de vous-mêmes- tout en jugeant et condamnant sans aucune prescription dans le temps, le péché de gens souvent plus pauvres d’esprit et plus petits que vous, en les obligeant à payer leur dettes envers Dieu jusqu’aux derniers centimes, en leur interdisant à vie de se nourrir à la table eucharistique et en leur refusant l’absolution pour un péché souvent très ancien ou un comportement pour lequel leur nature humaine blessée et malade ne peut pas faire autrement.

Je vous invite à regarder comment vous agissez envers vos pairs de l’institution ecclésiale, en estimant que lorsqu’ils pèchent et dysfonctionnement gravement, il peuvent quand même continuer à administrer les sacrements, que pour leurs actes délictueux il y a prescription et que certaines victimes en font quand même un peu trop pour de simples attouchements.

C’est étonnant comme un prêtre peut rester en état de grâce et continuer à délivrer des sacrements valides (puisque c’est Dieu qui agit) tout en commettant des actes de pédophilie, des agressions sexuelles, en commettant l’adultère, en ayant des relations homosexuelles, en détournant de l’argent, en abusant de son autorité, etc. etc.

Un laïc divorcé-remarié ou un homosexuel marié civilement, eux sont considérés en état de péché permanent, et seraient eux coupés de la grâce et donc indignes de communier ou de recevoir l’absolution.

D’ailleurs, lorsqu’une absolution est donnée, l’Eglise au travers du prêtre, au nom de Jésus-Christ, demande de faire un acte de pénitence et de réparation, pour se remettre dans la communion ecclésiale et renouer de manière concrète le lien avec Dieu et s’engager soi-aussi dans cet acte de réconciliation.

C’est un donnant-donnant en quelque sorte, entre l’offensé et l’offensant. Une nouvelle alliance qui se scelle.

Dieu pardonne tout, mais l’Eglise nous explique l’importance des actes concrets de pénitence et de réparation.

Et toutes les justices du monde fonctionnent ainsi : il y a toujours un prix à payer.

Et c’est vrai, la justice des hommes prévoit souvent des prescriptions pour les actes délictueux commis, même les plus horribles et traumatisants. Et c’est une injustice pour les personnes victimes qui elles portent à vie et sans prescription, dans leur chair, leur psychisme et leur âme, leur coeur aussi, les stigmates des préjudices subis, parfois bien sanglants ou purulents. Et ceux-ci, en l’absence de démarche de pardon et de réconciliation, font que les personnes victimes restent souvent bloquées, suspendues dans le temps, incapables de résilience et nouveau départ.

Car normalement une offense s’accompagne toujours d’un prix à payer pour l’offenseur (même en cas de pardon), d’actes de réparations, parfois juste symboliques mais toujours concrets et visuels pour la personne offensée, ce qui ouvre en elle ou accélère en elle le processus de guérison et lui permet d’avancer vers d’autres horizons.

Elle reste parfois handicapée à vie, mais malgré tout pouvant s’appuyer sur le réconfort d’un minimum de justice à son égard.

Alors je ressens personnellement une profonde injustice et une grande douleur de voir que l’on renvoie à mon amie Caroline, et à bien d’autres dans son cas, que les faits concernant Jacques Marin sont prescrits depuis longtemps et donc, que l’affaire est clause. Et puis on ne va pas ennuyer un prêtre âgé et malade, proche de la mort…

Seulement voilà, l’Eglise nous répète inlassablement que le prêtre n’est pas prêtre par lui-même, ni tout seul, qu’il agit en la personne du Christ, et que tous les prêtres sont solidaires et représentent l’unique personne de Jesus-Christ.

Donc en tant qu’institution et au nom de la communion sacerdotale il y a sûrement moyen de rendre justice de manière concrète de la part de cette même institution, en payant un prix (moral, spirituel ou financier) et en posant un acte concret de pénitence et de réparation envers les victimes, ce d’autant que tous les hommes de l’institution, et en particulier les membres du clergé, surtout les plus haut placés dans la hiérarchie sont les garants de son fonctionnement, de ses règles et surtout du message et de l’incarnation jamais finie de Jésus-Christ sur cette terre, et de sa vie de ressuscité qui nous donne vie et nous relève du dedans, en payant même à notre place le fruit de nos offenses.

De plus l’Eglise institution nous serine sans cesse que la justice divine n’est pas celle des hommes, que nous ne serions pas « de ce monde », mais encore faut-il comprendre ce que Jésus entend par « l’esprit du monde », qui n’a rien avoir avec le fait d’être croyant ou non, mais qui consiste en une attitude du coeur qui agit en vérité et de manière sincère et authentique, sans mensonges ni compromissions.

Mais là, concernant les délais de prescription, cette justice et ces lois des hommes, tant décriées par vous dans d’autres cas, devient tout d’un coup essentielle, mise en avant comme un paravent et brandie comme un bouclier, une vérité infaillible.

Quelle crédibilité peut avoir l’Eglise institution en agissant ainsi ? Quel témoignage croyez-vous que cela donne aux non-croyants ? Et quel exemple cela nous renvoie-t-il à nous baptisés et baptisées ?

D’autant que nous aussi sommes membres du Corps du Christ, acteurs de l’annonce, et qu’en agissant de la sorte et en décidant en votre seul nom qu’il y a prescription et qu’il n’y a aucune amende honorable à faire vous passez outre le fait qu’une grande partie de peuple de Dieu souhaite qu’il en soit autrement. Là aussi vous commettez un abus de pouvoir en décidant vous même qui est légitime pour parler au nom de l’Eglise institution, au nom même de Dieu, alors que nous sommes tous frères et sœurs à égalités sous Son regard, tous pécheurs ! Et pourtant nous sommes tous aimés de Lui, pardonnés par Lui de la même manière : en totalité, sans condition, et au prix de son propre sang et sacrifice de sa personne, tant humaine que divine.

J’ai longtemps été en colère contre tout ceci.

Je ne le suis plus.

Je suis juste partie un peu à l’écart et je ne paie plus le denier du culte pour ne plus cautionner un tel système qui me paraît pervers et malsain, contraire à l’évangile, et dans le déni par rapport à ses actes, ses propres blessures et fragilités, ses propres imperfections, et qui se drape derrière 2000 ans de règles et de dogmes, de lois tellement complexes qu’on se croirait revenus au temps du pharisianisme contre lequel Jésus-Christ s’est élevé, lui qui est venu pour les pauvres et les malades, les cabossés de la vie, les imparfaits, afin de les aimer et non de les condamner ou de leur imposer des fardeaux trop lourds à porter.

Et c’est pour eux qu’Il donne Sa Vie en nourriture, pour eux qu’Il verse son sang et déverse son pardon, en prenant sur ces épaules tous nos jougs, car ce « eux » c’est « nous », chacun d’entre nous, car aucun ni aucune de nous n’est pur et sans péché (limites, blessures, faiblesse si le mot péché vous choque), aucun.

Et nous n’avons pas le droit de nous juger et de nous condamner les uns les autres, et nous sommes tous et toutes appelés au pardon et à la réconciliation, qui passe, vous le savez bien puisque vous nous confessez régulièrement, par l’aveu de la faute, la contrition sincère et l’acte de pénitence.

Alors naïvement et de plus en plus douloureusement, nous laïcs, nous espérons et croyons avec espérance, en posant malgré tout un regard d’amour et de confiance sur vous, que vous pouvez convertir vos cœurs en faisant acte de confession réelle, sincère et authentique de vos fautes et offenses envers les personnes victimes, pas seulement en paroles mais aussi en actes et en vérité.

Ce serait un témoignage si fort et un exemple tellement parlant pour le monde de ce qu’est la conversion du coeur, de l’humilité avec laquelle Christ nous a demandé de nous agenouiller devant chaque frère ou sœur en humanité, et de la démarche de réconciliation que Christ nous invite à vivre avec le Père mais aussi entre nous.

Je suis une enfant de la Communauté des Béatitudes, mes parents y sont rentrés le jour anniversaire de mes 6 ans. J’y ai été baptisée à la veillée pascale 1977 à l’âge de 7 ans, j’y ai reçu le sacrement de confirmation à 17 ans, des mains de Mgr Coffy, évêque protecteur de la communauté un jeudi de l’Ascension, et je n’ai jamais fait ma profession de foi car j’ai toujours estimée que la proclamer en communauté ecclésiale chaque dimanche à la messe était suffisant (et je me rappelle très bien de mon baptême)

Le fondateur Ephraïm était un ami de mes parents, de même que tout le groupe des nancéiens, Philippe Madre est mon parrain et Pierre-Etienne Albert est le parrain de mon frère, il m’a appris le piano et m’a ouvert le monde de la musique et du chant.

J’ai rencontré de nombreuses fois Jacques Marin, le père Thomas Phillipe et je connais de l’intérieur la vie communautaire depuis toute petite, en percevant les richesses et les pauvretés, les forces et les failles.

Tandis que la majorité des frères et sœurs se pensaient à l’abri du mal, qui lui était pointé du doigt et diabolisé, dehors bien sûr, et absent de la communauté… puisque qu’ils avaient tous répondu oui à l’appel de Dieu et s’estimaient tous convertis et sur le droit chemin, une immense poutre obstruant leurs yeux et les rendant aveugles à leurs propres égarements…

De plus j’étais enfant et donc non engagée et non soumise aux règles (sauf à celle du silence dans les couloirs et aux repas, et à l’obligation de dépendre du Berger pour toutes décisions concernant la vie matérielle de mes parents et la mienne).

Je me positionnais donc en spectatrice et observatrice, et trop souvent en sauveur de tous ces adultes qui selon moi ne voyaient pas le danger. Et je me rebellais à leur place, ouvrant grand ma bouche devant tous pour mettre à mal l’autorité du berger, à la fin des repas, me servant du privilège de l’adolescence !

Je sais donc parfaitement (enfin pas tout quand même…et heureusement je crois…) que dans toutes ces affaires de pédophilie et d’abus de pouvoir, d’abus sexuel, il y a eu des non-dits, des mensonges, des compromissions, des silences mortels et des dénis qui ont contribués à la poursuite et à l’ampleur des dégâts, sur des personnes fragiles et blessés.

Et j’ai compris très jeune que le silence est aussi crime et violence inouïe, que c’est tout le système d’omerta et d’obligation de perfection, de devoir de sainteté et de respect des règles au nom de la sainte obéissance et de l’amour de Jésus-Christ qui est à l’origine de tous ces abus.

Que tous et toutes portent une part de responsabilité dans ces affaires, en adulant et portant aux nues les leaders charismatiques, en étant dans le déni de leur abus de comportement, en les stimulants parfois inconsciemment, et du fait de l’absence de justesse du cadre (soit inexistant soit trop rigide et enfermant), de la fragilité humaine et psychologique de chacun, qui dans un groupe a vite fait de séparer d’un côté des leaders qui se croient tout permis au nom d’une sainte cause, et de l’autre des moutons suiveurs qui ont peur de sortir du lot de peur d’être rejetés et abandonnés, et parce ce que la loi du plus fort et du plus grand nombre à vite fait de prendre le dessus sur l’individu et son intégrité.

On se fond dans le groupe et on en perd son identité, et c’est le groupe qui peu à peu définit notre identité, et la responsabilité des meneurs et des garants est toujours première.

Hors l’Eglise institution est normalement la garante de la justice, de la miséricorde, du don de la Paix, de la Joie et de l’Amour que Christ vient apporter sur la terre et au monde entier au travers du Sacrement qu’est son Église (et qui ne se restreint pas heureusement au clergé catholique romain et donc uniquement à un univers masculin et célibataire…)

Je suis médecin de formation, travaillant depuis 15 ans en addictologie, et aux contacts de nombreuses victimes d’abus de tout genre, sexuels en particulier -qui restent des actes de violences et d’agression sur l’intégrité physique et psychique, spirituelle aussi des personnes- ; mais j’accompagne aussi les auteurs de ces violences, qui frappent femmes et enfants sous l’emprise de l’alcool ou autres produits, dont certains sont pédophiles, dont certains sont coupables d’homicides, volontaires ou involontaires.

Et je découvre chaque jour un peu plus que tout être humain est d’abord une victime quelques soient les actes qu’il commet (victime de son péché et de ses blessures, de son histoire personnelle et familiale, de ses choix mal éclairés).

Cependant certains actes sont trop graves pour ne pas aussi les poser comme des actes coupables, où la responsabilité de la personne ou d’un groupe constitué est engagée.

Et pour le bien de tous, la condamnation officielle des actes, mais aussi le signifiant d’actes concrets de pénitence, de punition et de réparation sont essentiels, tant pour les victimes que pour les coupables.

C’est ce qui aide à se reconstruire, à se convertir, à se transformer du dedans et à avancer sur nos chemins d’humanité pour construire ensemble et faire porter du fruit ce Royaume de Dieu déjà présent au milieu de nous.

Si nous ne reconnaissons pas nos erreurs, si nous ne nous pardonnons pas à nous-mêmes nos fautes et nos imperfections, si nous ne battons pas notre coulpe afin de nous libérer du poids de la culpabilité et laisser Dieu nous faire miséricorde, nous détruisons tout ce pourquoi Christ a donné sa vie.

Et que nous soyons membres du clergé ou laïcs sans mission institutionnelle, nous sommes tous responsables de l’Eglise Corps du Christ, tous membres à part entière et égale, et tous invités à ce que notre vie et nos actes rendent témoignage à Celui en qui nous croyons. Et nous ne sommes pas missionnés pour sauver la face de l’institution, maintenir un système coûte que coûte même s’il est perverti, ni pour se cramponner à des traditions séculaires, les défendre becs et ongles au détriment même de la miséricorde divine qui veut se déverser sur le monde, en agissant parfois contre l’Esprit-Saint lui-même. De toute façon, c’est l’Esprit qui achèvera son œuvre de sanctification dans le monde, où il veut, comme il veut, et sans notre permission ni aucune prescription, car il est Esprit d’éternité et tout-puissant, bien plus que notre pauvre humanité restrictive et pécheresse ; et ce Souffle est à l’œuvre au cœur de tout être humain quel que soit son rang, sa religion et son statut ecclésial ou marital, et aussi son genre.

La balle est dans votre camp, même si rassurez-vous, je continuerai pour ma part à jouer ma partition jusqu’au bout.

Cordialement

Elisabeth Cécile PIERRE SAINT-PASTOU

82000 Montauban

49 ans

Fille de Dieu et Fille de l’Homme

POUR SIGNER LA PÉTITION : http://chng.it/QXDtXTsDYB

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