Méditation Poésie Réflexion, Religion catholique

TOUS SAINTS ?!

J’ai toujours eu du mal avec cette fête, beaucoup de mal à la voir comme une fête en réalité. Et elle m’a toujours paru comme une joie forcée.

Quand j’étais plus jeune, je pestais contre les catholiques de circonstances qui me semblaient gâcher la fête en venant pleurer leurs morts alors que nous étions censé fêter la joie du ciel (et ne pleurer que le lendemain !)

En cela j’imitais nombres de mes frères et sœurs dans la foi, même si je leur reprochais aussi leur manque de compassion envers toutes ces familles en deuil.

Mais cela c’était avant, avant que je comprenne qu’il est normal et sain d’être triste et de souffrir de la séparation d’avec ceux qui nous ont précédés, que ces temps de passages, de larmes et de souvenirs sont indispensables, et que l’être humain a besoin de rituels pour honorer ses morts et cultiver leur souvenir, et que ce bref passage annuel de ceux qui ne viennent qu’à la Toussaint (et que l’on retrouve souvent aux Rameaux) devaient être une occasion pour l’Eglise de témoigner de l’Amour de Dieu et de notre espérance en la vie éternelle. Non de manière triomphante et écrasante, mais de manière pauvre et humble, comme une petite graine que l’on jette en terre.

Autre de mes difficultés, cette notion de sainteté, qui me semblait portée aux nues et mise sur un piédestal et totalement en désaccord avec ce que je percevais de la sainteté (et qu’on m’avait aussi enseigné) : la sainteté comme une amitié inextinguible avec Dieu et une confiance totale en sa bonté, une certitude d’être sauvé et aimé tel que l’on est, malgré son péché. Et non une liste de prouesses ou de martyres, qui glorifient plus l’homme que Dieu en réalité, et donnent l’impression que nous nous sauvons par nos actes (et non que nous accueillons le salut comme un amour inconditionnel qui se donne et une grâce infiniment miséricordieuse).

En bref, le conflit intérieur habituel qui m’habite en permanence vis à vis de l’Eglise catholique et de l’ambivalence entre ses discours et ses actes (et entre plusieurs de ses discours tout court !)

Ambivalences qui résonnent sûrement avec les miennes, que j’ai aussi souvent du mal à accepter voire à accueillir tout simplement, mais dont je prends de plus en plus conscience.

Ces derniers jours, j’ai découvert plusieurs aspects que je ne connaissais pas, et qui ont encore amené du grain à moudre à mon moulin…😢

J’ai beau essayer de prendre de la distance, cela m’est difficile. Et les publications des uns et des autres, les articles de journaux, et ce que je peux lire dans la presse web chrétienne me donne parfois envie de hurler et de sortir de mes gonds, de prendre ma plume et de faire entendre ma voix !

Et puis je me dis à quoi bon… j’ai comme l’impression de hurler un cri silencieux dans le vide, et je me sens tellement seule à ressentir ce que je ressens, à avoir l’impression de vouloir faire quelque chose de différent.

Mais c’est comme si je n’avais d’autre choix que ceux là : soit la soumission totale à une église gouvernée par une institution que je ne suis plus capable de cautionner sans trahir ce qui m’habite au plus profond ; soit la rébellion et le lynchage en règle des membres de cette même institution si je désire ne pas être seule et que ma voix soit entendue par un nombre non négligeable de personnes.

C’est comme s’il y avait toujours deux camps et qu’il était impossible de trouver une autre voie (voix) : soit tu es pour l’Eglise soit tu es contre, soit tu es traditionaliste soit tu es progressiste, soit tu es rebelle soit tu es soumise, soit tu es féministe soit tu es pour la suprématie de l’homme sur la femme, soit tu es clerc soit tu es laïc, soit tu es pour l’avortement soit tu es contre, soit tu es pour la vie soit tu es contre, etc. Et c’est comme cela à l’infini, tout est dichotomie, tout est extrêmes, et tout semble perdre le sens de la nuance, du dégradé, de la subtilité et de la délicatesse de l’amour.

C’est comme si tout le monde souhaitait revenir aux couleurs primaires et choisissait de repeindre toute la création avec : tous les bleus pareils , empêchant de séparer les eaux d’en eaux d’en haut des eaux d’en bas ; tous les jaunes réunis en un seul, comme si nous devions tous être éclairés d’une lumière unique, sans dégradés de jour ni de nuit, sans nuances de nuages ou de feuillages ; et quand au rose magenta, certains semblent le voir trop rouge et enferment tout dans la colère ou la passion, d’autres le voir plus rose qu’il n’est, ôtant tout caractère et toute spécificité aux choses.

Et face à ce monde tricolore, il ne nous reste que blanc ou noir, bien ou mal, sachant qu’à l’heure actuelle même ce qui devrait être blanc ne l’est plus et se retrouve donc systématiquement peint en noir… puisque toute nuance de gris n’est plus permise !

Sûrement a-t-on oublié que le noir n’est pas une couleur mais juste l’absence de lumière, que le blanc s’obtient par la présence de toutes les couleurs et demande un certain équilibre entre chaque.

J’ai donc appris plusieurs choses ces derniers jours :

Sanctifié ne veut pas dire parfait ou pur, mais mis à part pour Dieu, réservé pour Dieu, consacré à Dieu.

Évidemment, dans l’Ancien Testament où Dieu ne s’était pas encore révélé en Jésus-Christ, on pensait que ce qui était consacré à Dieu se devait d’être purifié, afin de l’honorer. Et l’on purifiait (ou plutôt on pensait purifier) les lieux et les êtres à l’aide de rituels et de pratiques, et certains comportements étaient considérées comme impurs et non saints, non sanctifiés ou non sanctifiables (notamment ce qui à trait à la sexualité). D’où l’instauration de la tribu des lévites d’où était issus tous les prêtres de l’Ancienne Alliance, car il fallait un peuple mis à part pour faire le lien entre le sacré (ce qui est réservé à Dieu) et le profane (réservé aux humains)

Hors Christ est venu nous révéler que chaque homme et chaque femme de cette terre est une histoire sacrée, une terre sacrée, à l’image de Dieu, et que chaque être sur cette terre est réservé pour Dieu, mis à part pour Dieu, consacré à Dieu. Quel qu’il soit.

Et pour cela Jésus le Christ a payé de Son Sang, et purifié toute l’humanité en mourant sur la croix et en ressuscitant d’entre les morts.

Lui seul est le seul « pur », l’Agneau sans tâche, Lui seul est le seul vrai Saint de Dieu, et c’est Lui, par Son Sacrifice d’Amour qui nous sanctifie, par grâce, et non en raison de nos actes.

Aucun de nos actes vertueux ne peut nous rendre parfait, tout comme aucun de nos actes malheureux ne peut nous couper de Dieu ni nous empêcher d’être sanctifié, c’est à dire « consacré à Dieu », mis à part pour Lui.

N’est-ce pas pour cela que Jésus nous invite à aller de toutes les nations faire des disciples et les baptiser ? Non pour les sauver, mais pour leur annoncer cette bonne nouvelle qu’ils SONT DÉJÀ SAUVÉS, une fois pour toutes, par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l’Homme !

C’est cela que ceux et celles que l’Eglise a canonisé comme « saints » avaient compris, et normalement c’est pour cela qu’ils nous sont donnés en exemple. Non pour la perfection de leurs actes sur cette terre, mais pour ce qu’ils avaient compris de la perfection, de la plénitude et de la grandeur de l’amour de Dieu pour eux et pour l’ensemble de l’humanité.

Ce qui les rendait en général petits et humbles, courageux et passionnés, prêts à mourir pour Dieu, par amour pour Lui (et non par désir de perfection ou par peur de l’Enfer).

Il est bien dommage que trop souvent l’Eglise cherche à nous faire peur (dans une intention louable sûrement) pour que nous devenions saints. Même si en réalité c’est nous-mêmes qui choisissons d’adhérer à cette peur.

Car l’idée première n’est pas d’échapper à la punition de l’Enfer, auquel nous serions promis de base à cause de nos actes mauvais par nature, mais l’idée première est que nous sommes aimés de Dieu, créés par l’Amour et pour l’Amour. Que Le Dieu Créateur souhaite le bonheur et le salut de tous et toutes, et qu’Il s’est donné les moyens de mettre son œuvre de miséricorde à exécution, en la personne de Jésus-Christ !

Il ne nous est pas demandé d’annoncer l’Enfer mais le Royaume de Dieu, un Royaume présent dès ici-bas et qui dure éternellement.

Il ne nous est pas demandé de dire aux gens comment ils doivent se sauver, il nous est demandé de leur annoncer qu’ils ont été sauvés, QU’ILS SONT SAUVÉS, quoi qu’ils aient pu faire ou quoi qu’ils fassent.

NOUS SOMMES JUSTES INVITÉS À Y CROIRE ET À EN VIVRE !!!

Croire que nous sommes sauvés de la mort, cette mort si cruelle qui nous séparent de ceux que nous aimons ; sauvés du péché, c’est à dire de tout ce qui nous sépare de Dieu et de l’Amour infini.

Cette mort si cruelle qui semble la fin de tout n’est plus une fin mais un début, ou plutôt un passage vers une vie éternelle qui commence dès ici-bas, au milieu de nous. Y CROYONS-NOUS ? EN VIVONS-NOUS ?

Ces actes que nous posons, ou que d’autres posent, qui nous blessent, qui font souffrir, qui divisent, qui salissent ou qui abiment, qui semblent absence d’amour, ne peuvent nous empêcher d’être aimés de Dieu et pardonnés par Lui, ne peuvent nous empêcher de nous aimer nous-mêmes et de nous pardonner à nous-mêmes (puisque Dieu lui-même nous pardonne), ne peuvent nous empêcher d’aimer les autres et de leur pardonner (tout comme Dieu nous pardonne et leur pardonne), ne peuvent nous empêcher d’être aimés et pardonnés par eux. LE CROYONS-NOUS ? EN VIVONS-NOUS ?

Il me semble que c’est cela que nous fêtons en ces jours de la « Tous Saints » : LA FÊTE DE GENS « IMPARFAITS » qui ont vécus avant nous, mais tous AIMÉS INFINIMENT DE DIEU, tous fils et filles de Dieu, non par le baptême, mais depuis leur conception. Ce qui fait tous d’eux des « BIENHEUREUX », bienheureux d’être aimés et pardonnés 🤗😇

Certains l’avaient compris et sont fêtés le 1er novembre, d’autres ne le savaient peut-être pas et sont honorés le 2 novembre. Mais peu importe dans quel ordre on fait mémoire d’eux, car tous sont « SAINTS », c’est à dire « MIS À PART » POUR DIEU, CONSACRÉS À SON AMOUR, CONSACRÉS DANS SON AMOUR. *cf liens en fin d’article

Et la manière dont chacun et chacune sera jugé(e) (est déjà jugé(e)) ne nous appartient pas.

Seul Dieu connaît le fond des cœurs et scrute le creux des reins. Jésus-Christ ne nous a pas demandé de juger (qui a une vie plus exemplaire que l’autre, plus « sainte ») mais il nous demande uniquement d’aimer : aimer Dieu de tout notre coeur et notre prochain comme nous-mêmes. De nous aimer les uns les autres, comme Lui nous a aimé, c’est à dire en nous servant les uns les autres -en tablier de service et à genoux- en étant prêts à donner notre vie les uns pour les autres, les uns avec les autres, les uns par les autres. Et tous ceci, dans l’Amour !!!

Non un amour de guimauve ou rose bonbon, mais un amour rouge sang, bien exigeant, un amour qui pardonne tout, même la plus horrible des fautes. Un amour qui excuse tout, qui comprend tout. Un amour qui est patient, qui rend service, qui se fait humble et petit malgré sa puissance et sa grandeur, un amour intense et infini qui ne peut se construire que tous ensemble, par Lui, avec Lui et en Lui.

Amen

Elisabeth Cécile

Je vous partage deux liens qui ont nourris ma réflexion :

1. Un enseignement de Joyce Meyer, de l’Eglise évangélique, sur « comment être guidé par le SAINT ESPRIT ? »

2. Un article de biblique.fr datant de 2008 et intitulé : QADOSH, AGIOS, SAINT…

Et dont je vous propose ici la fin :

• L’une des fonctions essentielles des règles de sainteté données par Dieu à Moïse (dans l’Exode et le Lévitique) est donc de distinguer entre le profane et le sacré, le pur et l’impur, bref, d’ordonner la création, de marquer la frontière entre l’intérieur et l’extérieur de la communauté, le même et le différent.

Ce partage entre le pur et l’impur a une dimension symbolique très structurante. Les interdits, les tabous posés pour éviter toute proximité ou tout contact entre le pur et l’impur visent à preserver la création et la société d’un retour A l’indifférenciation du chaos primitif.

Dans cette perspective, le mélange est par définition impur et la pureté est une des composantes essentielles de l’identité fantasmée de l’individu ou du groupe.

• Dans le Nouveau Testament, les Evangiles utilisent très peu ce vocabulaire et cette notion de sainteté, sauf pour parler de “l’Esprit Saint”. Ailleurs, le mot hagios conserve l’idée de “mise à part pour Dieu”, mais il rompt avec l’idée de pureté ou de perfection. Ainsi pour Paul, tous les chrétiens sont consacrés, mis à part par l’appel de Dieu (Romains 1,7 ; …), et il les appelle donc tous ‘saints’ (2 Corinthiens 1,1 ; …), et cette consécration rejaillit sur leurs proches (1Corinthiens 7,14). Pourtant, Paul le sait : “il n’y a pas un juste, pas même un seul” (Romains 3,10). Quand l’apôtre parle des saint, il désigne donc les croyants.

Malheureusement l’utilisation religieuse (catholique romaine) du mot saint pour désigner un chrétien dont la vie a été déclarée exemplaire (voire même parfaite dans l’esprit de certains) est passée dans le langage courant. Cette acception teintée de moralisme du mot « saint” est devenue commune. Elle signe un retour à l’idée de pureté avec laquelle le Nouveau Testament avait pourtant précisément rompue.

Patrice ROLIN

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