Méditation Poésie Réflexion, Religion catholique

Division, multiplication, différenciation

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 49-53)

Je ne sais si vous avez lu l’évangile d’hier, jeudi 25 octobre, mais pour la première fois de ma vie j’ai reçu cet évangile avec une grande paix intérieure, et ce dès la première lecture du texte, ayant sous les yeux et dans le coeur, l’image de la division cellulaire, indispensable à toute construction, toute croissance et toute vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale.

Tout ce qui vit sur terre est appelé à se diviser, à se multiplier et à se différencier. Sans tous ces processus de transformation permanente, nulle vie sur terre. L’arrêt sur image prolongé et l’absence de mouvement, c’est la mort. Et je dirais même que c’est plus que la mort : c’est le néant ! Car la mort de la matière reste un processus de transformation, de par la dégradation et la décomposition du corps. Et de la mort terrestre renaît toujours la vie, même si c’est sous une forme différente. Nos corps mortels retournent à la poussière et leur poussière se mélange à la terre, d’où la vie jaillit en permanence. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Einstein

Cela n’enlève rien à ma foi dans la résurrection des corps, mais force est de constater que notre chair et nos os se dissolvent dans la matière en se renouvelant dans la création, pour à nouveau revenir au cycle de l’humain, au travers de l’eau ou de la nature, transformés en composants participants à la construction cellulaire. On a beau croire en la résurrection des corps, la chimie reste la chimie, et la science du vivant un principe de la création. Et je crois que nous sommes invités à plus d’humilité devant ce mystère, et à ne pas prêcher n’importe quoi, notamment en ce qui concerne l’incinération.

Avez-vous remarqué comme nous sommes prompts à faire fi de la réalité des choses, de leurs évidences, pour les conformer à nos pensées et à nos idées ? Et même quand nos désirs ou nos pensées conscientes sont purs et justes (dans le sens d’ajustés), avez-vous remarqué combien très souvent nos actes s’en éloignent, jusqu’à parfois exprimer l’opposé de ce que nous avions pensé mettre en œuvre ? Comme si quelque chose buggait dans le circuit, indépendamment de nous ? Car nos apprentissages préhistoriques et nos schémas millénaires nous collent à la peau, et que nos réflexes primitifs évoluent beaucoup moins vite que nos connaissances et nos capacités de réflexion.

J’en veux pour preuve cet évangile d’aujourd’hui, et la vision que nous avons de l’Eglise comme Corps du Christ, souvent décrite par l’apôtre Paul dans ses différentes épîtres. Quel baptisé ou baptisée n’a pas à cœur de construire ce Corps en propageant l’Evangile, tel qu’il l’a reçu, et en imaginant un peuple et un corps où chacun professe la même foi, adhère aux mêmes règles, et parle le même langage que celui qu’on lui a appris ?

Hors, si nous observons attentivement le corps humain, non seulement il est formé de différents membres, ayant chacun des fonctions différentes, mais il est formé de milliards de cellules, bien différentes les unes des autres, dont chacune est pourtant issue de la même cellule de départ. C’est dingue quand on y pense !

Ce qui fait que pour arriver au résultat final, il en a fallu des divisions, et notamment des différentiations. C’est à dire que chaque cellule s’individualise en deux parties distinctes, qui se séparent en deux cellules filles. Et pour former les différents organes et membres, il est nécessaire que certaines cellules filles soient différentes de la cellule qui leur a donné naissance. Au fil du temps, les cellules se différencient de plus en plus de la cellule souche originelle, arrivant chacune à la spécificité pour laquelle elle est génétiquement programmée.

Et nous naïvement, nous pensons trop souvent que l’Eglise est appelée à se multiplier, à partir d’un amas de cellules souches de départ, sans qu’aucune des cellules ne se différencie des autres !!! Mais une multiplication cellulaire à l’infini de ce type, où toutes les cellules se ressemblent et sont les clones les unes des autres, est anormale ! Et elle produit au fil du temps ce qu’on appelle une « tu-meurs », voire un cancer… Et c’est la mort quasi assurée au bout du compte…

Alors, cet évangile dans lequel Jésus nous parle de division et de différenciation (entre parents et enfants, père et fils, mère et fille, belle-mère et belle-fille) me parait le signe que Jésus est bien venu pour nous donner la vie, et la vie en abondance ! De son temps la famille formait un seul bloc, et les familles appartenaient aux différentes tribus d’Israël qui a elles toutes formait le Peuple d’Israël.

En Christ nous sommes invités à devenir des individus, à nous différencier les uns des autres, afin de croître en Lui et les uns par les autres… D’où l’absence de paix et les conflits inhérents à ces différentiations, indispensables à toute construction et croissance d’un corps.

Je crois que nous oublions trop souvent cet aspects des choses, et sommes bien trop enclins à vouloir imposer l’uniformité (même si évidemment chacun prêche pour sa paroisse !). Là aussi, que d’erreurs de parcours et de déviations me semblent commises par le gouvernement de l’Eglise, mais aussi par chacun et chacune d’entre nous.

J’ai souvent des images du Seigneur des anneaux qui me viennent à l’esprit quand je regarde la manière dont l’Eglise tend à se construire (ou plutôt à se battre pour le Royaume et propager l’Evangile).

Bizarrement, tout le monde adhère intellectuellement à l’image de St Paul : l’Eglise Corps du Christ est constituée de plusieurs membres, chacun ayant une fonction différente.

Dans la mise en actes et dans les faits, il semble en aller autrement : quand l’institution forme et envoie en mission ses troupes sous la forme d’armées de prêtres, tous formés à la même enseigne, soumis aux règles romaines et obéissants comme un seul homme, vêtus de noirs en cols blancs ou portant soutanes, n’est-elle pas plus proche des troupes de Sauron que de celles de la Communauté de l’Anneau, que nous identifions et investissons plutôt comme celle du Christ, l’Agneau immolé ?

Quand nous imaginons qu’au ciel nous serons un peuple de prêtres, est-ce réellement à ces hommes en noir, quasiment indifférenciables dans leurs costumes identiques, que nous nous identifions ? Ou alors aux mêmes en blanc, palmes à la main : 7 milliards d’individus (au minimum du minimum), tous vêtus à l’identique, tous pensant la même chose, tous faisant les mêmes gestes au même moment ? N’y trouvez-vous pas quelque chose de glaçant ? Comme si nous étions destinés à devenir un peuple de clones, sans aucune singularité ?

Pensons-nous réellement que tous les individus de la planète sont appelés à devenir catholiques en suivant tous les mêmes règles à la lettre près, les mêmes rituels, comme un seul homme ? Plus aucune diversité de foi ou de pratique que celle des catholiques, sur toute la planète… imaginons-nous nous vraiment ce que cela implique concrètement ? Hors de tout fantasme ?

Mais la réalité d’un corps c’est la diversité, c’est du relief, avec des courbes, des pleins et des déliés, des creux et des bosses ; des zones tendres et douces comme la caresse d’une brise ; d’autres rugueuses et solides comme le roc ; certaines humides et d’autres plus arides. Chaque corps est une terre unique, à nulle autre pareille. Et si le Corps de l’Eglise est l’assemblée de tous nos corps, il est alors plutôt à l’image des troupes de la Communauté de l’anneau, regroupant en son sein des êtres bien différents : des elfes prétentieux, des nains grincheux, des hommes bagarreurs et des hobbits peureux !!! Et pour réunir, guider et inspirer tout ce beau monde, nul chef puissant à la manière humaine, mais juste un petit hobbit de rien du tout, que personne n’aurait raisonnablement choisi, et qui pourtant sauvera la Terre du Milieu, impressionnant par son courage et son sacrifice.

Car il est ainsi le Dieu que Christ est venu nous révéler : un Dieu d’amour qui renverse les puissants de leurs trônes et élèvent les humbles, qui confonds les sages et les savants et se révèle aux petits. Un Dieu qui choisit ce qu’il y a de fou et de faible dans le monde pour se dire aux hommes et se révéler à eux.

Alors à la lecture de cet évangile, et à la lumière de ces réflexions, je me sens confortée dans ma démarche de séparation d’avec l’Eglise catholique telle qu’elle est aujourd’hui. C’est d’abord le Christ que je choisis, ce Christ dont la seule mission est de me conduire au Père, un Père qui n’est pas seul puisqu’il est Dieu Trinité. Un Dieu -St Paul nous le rappelle dans la première lecture associée à l’évangile- dont nous sommes invités à « comprendre la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur », non pour le contenir en nous (là aussi, nous commettons si souvent cette erreur de vouloir délimiter Dieu dans notre champ humain) mais « pour entrer nous dans toute sa plénitude ! »

C’est Dieu qui nous contient et non l’inverse, et s’il demeure en nous c’est parce qu’il nous traverse et non parce que nous pourrions en faire le tour et le contenir …

En sachant qu’il a la capacité, par la puissance qu’il met en nous, de réaliser « infiniment plus que nous ne pouvons demander et même concevoir. »

C’est cela le Dieu véritable : un feu allumé sur la terre dans lequel nous sommes invités à entrer, afin de mourir à nos schémas étriqués, à nos vieilles outres et à nos vieux vêtements, pour nous laisser embraser et renaître à une vie nouvelle.

Amen !

Elisabeth Cécile

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

« Frères, je tombe à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom. Lui qui est si riche en gloire, qu’il vous donne la puissance de son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur.

Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles, quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur…     

Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu.

À Celui qui peut réaliser, par la puissance qu’il met à l’œuvre en nous, infiniment plus que nous ne pouvons demander ou même concevoir, gloire à lui dans l’Église et dans le Christ Jésus pour toutes les générations dans les siècles des siècles. Amen. »

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Une réflexion sur “Division, multiplication, différenciation

  1. Hazan dit :

    Merci petite sœur chérie . C est passionnant ce que tu écris !!! Merci car tu m as éclairé sur ce texte … je ne comprenais pas pour quoi on disait que Dieu était venue apporter la division … je le remplaçais par «  trouble »ou par Dieu est venu nous secouer dans nos idées , nos convictions…. mais c est vrai que je n avais pas pensé aux petites cellules qui se divisent et se différencient ! Je prendrai le temps de relire ce que tu as écrit car cela me parle et j aime beaucoup ton interprétation !!! en fait la , si je comprends bien , la signification de Diviser est «  donner vie ». Je t embrasse de tout mon cœur et te garde au chaud dans mes petites cellules qui me permettent de t aimer fort ! Bénie

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