Développement personnel, Méditation Poésie Réflexion, Religion catholique

Accueillir d’être malade, jeûner et prier…

Pas facile pour le soignant que je suis de se regarder comme une personne malade et souffrante. Une partie de moi le crie et demande à être reconnue, tandis que l’autre combat la maladie et ne souhaite pas regarder la vérité en face, faisant comme si elle n’existait pas.

J’ai choisi aujourd’hui d’accueillir cette vérité et de la coucher sur le papier. Pas n’importe quel papier, celui qui dit que je suis en affection longue durée. J’ai toujours refusé de voir écrit sur mon attestation de sécurité sociale ce genre de chose. Car c’est impensable pour moi d’accepter d’être malade dans le temps et pour une durée indéterminée voire illimitée. Je refuse (refusais !) en tant que médecin d’être malade. Une fois de temps en temps pourquoi pas, mais au long cours…dur dur 😢

5 ans de prise d’antidépresseurs et d’anxiolytiques quasi en continu, de thérapie mensuelle voire bi-mensuelle, une hospitalisation de 3 mois, deux arrêts longue maladie et une rechute plus tard, j’accepte les faits et demande enfin à être reconnue en affection longue durée !

Et quand au diabète qui est une maladie qui se soigne mais dont on ne guérit pas, même si l’alimentation et l’activité physique peuvent éviter pendant très longtemps la prise de médicaments et les injections d’insuline, il m’a fallu deux ans pour accepter, là aussi, que ce soit reconnu officiellement et pouvoir ainsi bénéficier des avantages qui en découlent, pour mieux me prendre en main, et permettre aux soignants qui me suivent d’être rémunérés correctement pour les soins qu’ils me prodiguent (car étant une de leur consœur, ils ne veulent jamais me faire payer, ce qui me donne l’impression d’être un parasite, et surtout de leur faire perdre leur précieux temps pour rien avec moi 😬… ce qui ne m’incite pas à aller consulter aussi souvent qu’il le faudrait !).

Dure décision, et en même temps je ne peux nier la réalité plus longtemps. Au lieu de lutter « contre la dépression » (ce qui ne semble pas avoir été très efficace pour le moment) et « contre le diabète », je choisis désormais de lutter « avec la maladie » pour une vie meilleure.

Je me choisie malade mais vivante, plutôt que refusant la maladie, pour finalement en mourir à petit feu ou juste y survivre.

Évidemment je ne peux que faire le parallèle avec ce qui se vit au sein de l’Eglise catholique et je me rends compte combien il est nécessaire que je me considère également malade et souffrante vis à vis d’elle, et re-choisir à nouveau que, pour le moment, je ne peux efficacement et sereinement lui être utile dans quelque action que ce soit.

Je ne peux mettre toute mon énergie (trop minime en l’occurrence) au service des autres si j’ai, moi aussi, besoin de soins et d’attention… je dois accepter que ce corps soignant et dévoué aux autres qui est le mien, soit aussi un grand corps malade, et même dans mon cas, un esprit blessé et une âme souffrante.

Et lorsque je lis les commentaires et les besoins (voire revendications) d’actions des uns et des autres, qui disent l’heure n’est plus à la prière mais à l’action, je ne peux que me rendre à l’évidence : je suis incapable d’une action construite, efficace, sereine et féconde.

Je suis trop mal et trop blessée pour cela.

Alors je me dis qu’au bout du compte, l’invitation du Pape François est exactement ce à quoi je me sens appelée : un retour sur moi, sur ma vie, un bilan de mes actions passées, un regard critique sur moi, bienveillant mais néanmoins juste et en vérité, pour pouvoir un jour repartir sereinement, et rechargée de tout ce dont j’ai besoin pour avancer : Amour, paix, contrition, pardon, abandon, joie, lumière, bénédiction, action, élan missionnaire, ouverture à la rencontre, compassion, tendresse, écoute, discernement, accueil, partage, contribution, collaboration, justice, équité, égalité, fraternité et liberté.

Je ne suis pas sure que toute action mène à la prière et à la repentance, au recul sur soi, sur les choses et les êtres ; mais ce qui est certain, vérifié et vérifiable, c’est que la vraie prière du cœur et la véritable repentance (j’entends la relecture de soi dans l’amour sous le regard de Dieu, et sans culpabilité auto-flagellante) mènent inévitablement à l’action et à la conversion des pratiques anciennes, celles qui ont menées notre vie au chaos.

C’est ce que j’expérimente chaque jour de plus en plus depuis ce nouvel arrêt maladie qui dure maintenant depuis 6 mois.

Alors plutôt que de faire de grands discours à tout le monde, je vais d’abord m’atteler à poursuivre le travail sur moi déjà entrepris, pour ma propre vie, en prenant conscience que c’est d’abord ainsi que je rendrai service à mes patients, à mes collègues, à ma famille, à mes amis, au monde en général, et à l’Eglise catholique en particulier.

C’est mon chemin actuel, dans le contexte qui est le mien, et c’est ainsi que je compte remplir ma mission d’être humain femme et de chrétienne : en accueillant qui je suis et ce que je vis, qui pour le moment et pour une durée indéterminée, me confronte à accueillir la pauvreté et la fragilité de la maladie 😔🤗

Et je compte sur les catholiques vaillants, valides et sereins, pour veiller sur les malades et prendre soin de l’Eglise souffrante.

Elisabeth Cécile

Ps. Mais je ne compte pas être (et ne suis pas!) une malade passive et inactive, je suis en train de prendre mon destin en mains, je suis en train de co-créer la vie : avec Dieu, avec moi et avec d’autres; mais, telle que je suis et tels qu’ils sont, et non pas comme je voudrais ou imagine que je suis, qu’ils sont …ou devrions être 😅

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2 réflexions sur “Accueillir d’être malade, jeûner et prier…

  1. Hazan dit :

    Merci Elisabeth – Cécile pour ce cadeau que tu me fais en te mettant à nue devant nous . Ton texte m a beaucoup émue . Reconnaître ta maladie c est déjà la « combattre » je dirai l accueillir plutôt ! pour qu elle fasse route avec toi et qu un jour elle prenne un autre chemin ou décide de changer ! Que Madame Maladie se transforme en Mme guérison ! Je trouve ta façon d être tellement belle, tellement humble … je vais donc pouvoir te porter plus précieusement encore dans ma prière … c est la communion des saints … on se porte les uns , les autres. Tu es belle , courageuse , forte , sincère , humble , une très belle âme et je suis fière d être ton amie . C est toi qui nous montre le chemin! Je t embrasse de tout mon cœur et avec toute ma tendresses … quelle bénédiction que d avoir des soignants et des soignés comme toi !!! Je t aime fort . Bénie

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