religion

Des mots de Zundel pour penser et panser les maux de l’Eglise catholique universelle …

Devant cette plaie béante d’une Église qui trahit et qui commet le Mal en son sein, Mal dont nous découvrons chaque jour un peu plus l’ampleur et l’horreur, et qui au bout du compte nous compromet tous et toutes, comment rester silencieux… et pire encore, comment se contenter de rester spectateurs et juges ?

Nous sommes tous responsables, TOUS autant que nous sommes : chaque baptisé(e), chaque membre de l’Eglise catholique, ordonné ou pas, consacré(e) ou pas, clercs ou laïcs, engagé(e) ou pas, pratiquant de près ou de loin.

Tous nous avons une part de responsabilité dans ce Mal qui gangrène l’Eglise catholique. Chacun à notre niveau, que ce soient par nos silences ou nos yeux fermés, par nos refus de voir la réalité en face même les yeux grands ouverts… Par nos manques d’investissement, par nos confiances aveugles, par nos lâchetés, par nos « je m’en lave les mains », par nos « c’est lui le fautif », « c’est elle la coupable » ou « ce sont eux les responsables»… Comme il est réaliste et juste finalement le récit de la chute originelle !

Aucun catholique ne peut prétendre ne pas avoir participé d’une manière ou d’une autre à ces crimes contre l’humanité fait à des enfants, à des adolescents, à des femmes, à des hommes, quel que soit leur âge, leur statut social, leur niveau d’éducation ou leur fonction dans l’Eglise.

C’est la structure toute entière qui s’écroule sur nous aujourd’hui, structure dont chacun de nous est une pierre vivante, et qui porte à son niveau, toute la responsabilité de SA part de l’édifice.

Alors me sont venus ces mots de Zundel reçus hier : « quand il n’y a plus d’amour, il n’y a plus de création ; ou tout au moins la création avorte et devient un échec, comme c’est toujours le cas lorsqu’un foyer n’est plus construit sur l’amour. Dès que le dialogue s’interrompt, dès que l’amour fléchit, c’est la maison qui s’écroule. »

Comment ne pas penser au Pont de Gênes et à tous ceux qui sont morts ce 14 août dernier, injustement écrasés du fait de l’irresponsabilité d’un trop grand nombre, d’avoir laissé si longtemps une vieille structure en place sans la rénover, voire même la refondre entièrement, tout en ayant pleinement conscience des erreurs commises dans les calculs de base de l’architecture originale…

La parabole de l’Evangile de ce jeudi 16 août me semble s’adresser à nous tous catholiques, à qui Dieu remets sans cesse tous nos péchés depuis plus de deux milles ans, et parmi eux des péchés bien graves, commis envers les plus faibles et les plus petits.

Que faisons-nous de cette miséricorde qui nous est faite ? Ne sommes-nous pas tellement pressés, dès que nous sortons de confesse ou de la messe (voire même pendant la messe, au pied de l’autel du sacrifice où Jésus donne sa vie par amour pour le monde entier…) d’aller demander des comptes à nos frères et sœurs en humanité, en demandant de rembourser leur dette, là tout de suite et maintenant, à tous ceux qui, à nos yeux de justes vertueux, clouent Jésus sur la croix : eux les divorcés-remariés qui osent prétendre aux sacrements, eux les abominables homosexuels qui osent se marier entre eux et même exiger des enfants, elles les criminelles qui avortent en toute légalité ou empêchent la vie d’advenir en prenant la pilule, eux les coupables qui débranchent les machines des mourants et leur donnent la mort, eux qui sélectionnent le bon et le mauvais, souhaitant supprimer dès cette terre la mauvaise ivraie d’une tare génétique, sans attendre la moisson future…

Et j’oserai rajouter, au risque de choquer nombre d’entre vous, eux qui ont commis des actes pédophiles, eux qui les ont couverts, tandis que nous avons les mains propres…

Croyons-nous réellement, en tant que catholiques, que se sont toutes ces personnes en situation irrégulières et pécheresses aux yeux de la loi divine qui sont responsables de la mort du Christ et de ses plus atroces souffrance ?

Ne savez-vous donc pas que l’on souffre beaucoup plus par ses amis que par ses ennemis ? Que Dieu ne peut que pardonner à ceux qui l’offensent sans même avoir la conscience de leur péché, ni la capacité d’en prendre conscience ?

Ce sont les mêmes qu’il y a 2000 ans qui ajoutent au calvaire du Christ ! Et je ne parle pas des juifs, mais de ceux que Jésus a choisis et appelés à sa suite, de ces intimes : Judas, chargé de l’économie et des finances du groupe qui le livre pour quelques deniers, Pierre la figure d’autorité du groupe qui le renie par trois fois, et tous les autres apôtres et disciples qui s’endorment ou s’enfuient lâchement, laissant Jésus seul dans son agonie et ses larmes de sang !

Et qui se tient au pied de la croix pour souffrir avec le Christ ? Les mêmes qu’il y a 2000 ans : des femmes et des enfants, dont Jean probablement encore adolescent ou bien jeune adulte fait encore partie…

Comment le peuple des baptisés, choisi parmi les nations pour être promoteur de la Bonne Nouvelle du Salut, ne voit-il pas que comme à l’époque de Jésus, c’est lui le peuple élu qui continue de crucifier et de transpercer le Sauveur du monde au travers de tant de victimes, en tuant dans l’œuf leur innocence d’enfant et la virginité de leur corps, de leur âme, de leur affectivité, en meurtrissant leur psychisme, leur vie spirituelle et en blessant à jamais leur confiance : en Dieu, en eux ou en l’Eglise. En violant également tant de femmes dans leur corps mais aussi en abusant psychologiquement et spirituellement du don qu’elles font ou souhaitent faire de leur vie à Dieu. En empêchant également, tant les femmes que les hommes, d’épanouir toutes les dimensions de leur être, en considérant impur ce qui ne l’est pas et en salissant et contraignant de manière inhumaine ce qui est précieux aux yeux de Dieu : la valeur unique de perle précieuse, et la liberté de chacun ses fils et de ses filles.

Comment s’étonner alors que le Maître de l’Univers visible et invisible convoque ce mauvais serviteur, indigne de la miséricorde qui lui a été faite, et exige de lui le remboursement immédiat, en place publique, de sa dette envers l’humanité toute entière ?!

Comment pourrait-on lire autrement toutes ces mises en accusation contre nous catholiques, nous qui, malgré les évidences de nos responsabilités, voire de nos fautes, nous sentons injustement accusés et salis…

Comment comprendre cet endurcissement et cet aveuglement du coeur tout entier de l’Eglise ?

Il ne reste que cette phrase de Jésus sur la croix : « Père, pardonne-leur… Ils ne savent pas ce qu’ils font »

« Père, pardonne nous… même si nous pardonnons si peu à ceux qui nous ont offensés, dans la droiture et le respect dont nous aimerions que toute vie soit honorée, de sa conception jusqu’à sa mort ; alors que nous pardonnons si mal à ceux qui nous offensent dans nos désirs ou nos volontés de perfection et de vertu (que nous avons pourtant tant de mal à respecter nous-même…). »

« oui Père, pardonne-nous nos offenses alors que nous ne pardonnons absolument pas à tous ceux qui nous ont offensés… »

Et pourtant, le Christ dans l’Evangile de ce jour donne la solution à tous les maux de l’Eglise Universelle : « pardonnez-vous les uns les autres, jusqu’à 70 fois 7 fois ! »

Et Maurice Zundel, à la suite de Jésus, nous rappelle cette clef du dialogue qui ouvre toutes les portes, et rebâtit tous les ponts sur le roc de l’Amour du Christ, cet amour qui lui ne fléchit jamais.

Car l’amour du Christ est un coeur de chair fait de Miséricorde, qui s’ouvre largement pour accueillir et amortir les coups de lance du péché et du mal, tandis que les rigides et instables tables de la loi, se fissurent et s’effondrent sous les coups répétés du péché de l’Eglise, et du mal qui sévit lourdement en son sein. Un Amour et une Miséricorde concrète, en actes, et non uniquement en belles mais stériles paroles.

C’est la conscience de notre responsabilité à chacun et chacune de tous ces crimes commis par l’Eglise, ainsi que la miséricorde que nous nous accorderons à nous-mêmes et à ceux qui nous ont offensés, qui nous permettra de redevenir acteurs et créateurs du monde toujours nouveau du Royaume, dans l’Ici et Maintenant.

Mais si nous nous déresponsabilisons et faisons porter le chapeau à d’autres, nous devenons complices de tous ces crimes en n’accomplissant pas notre part de fourmi.

Car des milliers, des millions et même des milliards de fourmis peuvent déplacer des montagnes, même avec les petits moyens d’une foi aussi minuscule qu’une graine de moutarde 🤗

Alors à nous d’être inventifs et créatifs, inspirés par la force et l’intelligence de l’Esprit de Justice et de Paix que l’Eglise universelle, et donc le monde entier, a reçu en cadeau le jour de Pentecôte.

Amen !

Elisabeth Cécile

« Dans le mal, c’est Dieu qui a mal » Maurice Zundel 

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