Développement personnel, religion

Qui je suis …

C’est incroyable comme cette affirmation, qui résonne aussi comme une question, me revient en force ces jours-ci. Depuis hier, je réalise qu’à la première personne du singulier, « je suis » possède un double sens. Comme si être ne pouvait s’envisager, au singulier, que dans un mouvement, une recherche perpétuelle de sens. Comme si seul, pour exister, je devais toujours être en train de poursuivre quelqu’un ou quelque chose. Être et suivre, deux verbes identiques à la première personne du singulier : je suis !!!

Alors que lorsque « nous sommes », l’union fait la force et l’être du « je » se pose, prend plus de corps, avec cependant un risque de surplace et de stagnation de l’ensemble.

Mais lorsque « nous suivons », tous comme un seul homme, et que rien ne semble pouvoir nous arrêter, le danger est pour le coup, que le groupe y perde son être, et son âme …

Intéressant ce balancement et cet équilibre nécessaire entre le « je » et le « nous » du verbe être, qui nous indique que l’individu a besoin du « nous » pour trouver sa force et se poser, trouver son sens surtout. Comme si seul on n’allait jamais nulle part… Tandis que le groupe, lui, a besoin que tous ses membres soient des « je » en mouvement, n’ayant jamais fini de suivre leur chemin intérieur, afin d’éviter la stagnation, et à terme la destruction. Car la vie est chemin et mouvement perpétuel, tout arrêt qui se prolonge finissant par un arrêt de mort ! Même si parfois cet arrêt mortel est salutaire pour que jaillisse une vie nouvelle, voire éternelle.

Qui je suis … Comment ce double sens entre « suivre » et « être » pourrait-il ne pas résonner en moi, Fille de Dieu choisissant de marcher dans les pas de Jésus-Christ, et Fille de l’Homme cherchant qui elle est, comment se définir et surtout comment se vivre ?

Suis-je mon identité de femme ? Je ne pense pas me réduire à cela. Et si je ne suis pas femme je suis avant tout être humain. Et plus encore, un être humain unique au monde, et à nul autre pareil, que ce soit dans l’espace et le temps.

Suis-je mon identité d’épouse et de mère ? Non, car j’existe entièrement à part de mon mari et de mes enfants. Et je les ai toujours éduqué dans cette optique qu’ils ne m’appartenaient pas et devaient devenir capables de vivre sans moi. Nb. Je n’éduque pas mon mari, je le rééduque et je lui apprends…tout comme il me rééduque et m’apprend !!! 😅

Suis-je mon métier (et mon titre) ? Métier dans lequel je mets pourtant beaucoup de moi, et qui a été longtemps la seule source de reconnaissance valable à mes propre yeux. Un métier d’homme il faut dire ! (Ce qu’il était à l’époque où je l’ai choisi, mais plus maintenant, où la tendance s’inverse fortement et où les étudiantes en médecines sont plus nombreuses que les hommes.) Non, je dois pouvoir exister et avoir de la valeur, même sans ce métier qui me colle à la peau. Même si parfois je me dis qu’il faudra peut-être que je l’abandonne totalement, pour enfin me rendre compte que j’existe encore et suis digne d’être en vie sans l’exercer, sans me sentir obligée de sauver la terre entière, comme s’il fallait que je paie la dette de mon humanité. Mon droit d’être née fille…

C’est terrible ce sentiment de non choix que j’ai par rapport à mon métier. Ce qui me semblait un appel, une belle vocation humaine, n’était en réalité, pour une grande part, que la recherche d’une reconnaissance. Un besoin de combler le vide, de me sentir utile, et de rembourser la dette de mon existence. Tu parles d’un altruisme ou d’un amour de l’autre ! Une mission de sauveur beaucoup trop investie je crois… Pas facile à regarder pour le soignant (soi-niant comme dirait Lacan) que je suis. Mon métier m’aurait-il empêché d’être réellement moi ? Serait-il un prétexte ou un paravent derrière lequel je me cache ? Tout comme mon statut de médecin qui me légitime tellement à mes yeux, et sans qui j’ai l’impression de n’être plus rien, de n’avoir plus aucun droit d’exercer ce métier de soins d’accompagnement…

Pourtant j’y ai toujours mis tout mon coeur et toutes mes tripes dans ce travail, et je pense n’avoir jamais considéré aucun de mes patients comme un objet de gratitude ou un moyen de satisfaction. Je pense aimer chacun et chacune d’un amour réel et gratuit. Et avoir donné sans rien attendre en retour. Sauf peut-être ma paie de fin de mois quand même ! Et encore, je culpabilise souvent d’être payée au même prix que mes collègues non médecins qui font exactement le même travail que moi, prescriptions mises à part… J’en ressens comme une injustice.

Mais les faits sont là, impossibles à ne pas regarder droit dans les yeux : ce métier et son statut comblent un vide en moi et me permettent de survivre en me donnant une légitimité que je ne me reconnais pas encore sans eux… et cet arrêt maladie n’est sûrement pas là sans raison. Cette incapacité à s’occuper des autres à laquelle je me suis vue confrontée, m’obligeant à choisir entre eux ou moi, a bien un sens…

Alors c’est une grande question, une profonde et véritable question… Qui suis-je si je ne suis pas ce métier, cette ouverture aux autres qui prend soin d’eux… jusqu’au détriment du soin de ma propre vie et de mon propre corps…

Ô la difficile et culpabilisante injonction de : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ; il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ; tu aimeras ton prochain comme toi-même. » …

Seulement voilà, au bout d’un moment, à trop donner sans jamais rien recevoir ni surtout accueillir et vivre, de soi et pour soi, des autres et de Dieu, « soi-même et toi-même » ne signifient plus rien, et « sa vie » ne devient qu’un vide, un rien absolu…

Suis-je ma voix ? Cette voix puissante et lyrique, que l’on dit belle, émouvante, priante, même si elle n’est certes pas parfaite et sans défauts. Je l’ai beaucoup travaillée, des années durant, tellement il a été ardu de la libérer de ce corps stressé et complexé, de mes croyances limitantes, de mes peurs et de mes doutes. Si je la perds, suis-je encore moi ? Nul doute, car je risque de me perdre là aussi, en cherchant un amour et une reconnaissance au mauvais endroit.

Suis-je mes parents ? J’ai découvert aussi que j’existe en dehors d’eux, de ma mère surtout, qui est partie si brutalement et si définitivement lorsque j’avais 11 ans. La mort et le manque ayant trop tôt marqués ma vie, imprimant en moi leurs indélébiles empreintes … Même si, là aussi, je sais que je ne suis pas ce manque d’amour et de reconnaissance, que rien ne semble pouvoir combler, ni cette souffrance terrible qui me broie le cœur certains jours. Et je choisis de faire différemment d’eux, d’oser prendre ma place, d’oser me sentir légitime et digne, d’oser parler avec autorité, même si je sais que ma parole est faillible. D’être aussi suivie plutôt que toujours suivante, comme le chantait si justement Brel, tout nu dans sa serviette !

Suis-je mes groupes d’appartenance ?

J’existe en dehors de la communauté des Béatitudes qui m’a élevée en son sein, toute mon enfance et mon adolescence, même si j’ai compris que cette entité n’avait aucune réalité physique, et que les joies et les blessures que j’y ai connues découlent de chacun et chacune en particulier, et non d’un groupe informe qui aurait remplacé ma mère, comme l’a longtemps cru et espéré mon père.

Et il m’a fallu du temps pour couper le cordon et trouver mon autonomie, la paix aussi. Par rapport à tout ce que j’y ai vécu, et qui m’attachait douloureusement, comme on s’ancre à n’importe quelle famille qui nous a éduqué et aidé à grandir. On se sent loyal ou déloyal -c’est selon – redevable ou en attente de, pendant longtemps, très longtemps même… quand ce n’est pas toute la vie pour certains ! Mais j’ai réussi à me détacher et à regarder la Communauté en adulte, au travers chacun de ses membres, et non plus à la voir et à la vivre uniquement comme « enfant de com ».

Je ne suis pas non plus la Communauté Rejouis-toi, dont j’ai été membre avec joie pendant une quinzaine d’années ! Puisque je continue à exister et à grandir sans elle, même après un départ soudain et douloureux, subi plus que choisi. Là aussi, je ne suis amputée de rien en me séparant d’elle physiquement et psychiquement. J’avais certainement besoin de vivre cette expérience, moi qui n’ai toujours connu que la vie en collectivité et n’ai appris à me construire qu’au travers du groupe, de la fraternité, de la convivialité, et très peu dans l’intimité de qui je suis, dans mon individualité propre.

Je ne suis pas non plus, également, mes troupes de chant, dans lesquelles je m’investissais comme chanteuse et comédienne, adorant monter sur scène et m’y sentant vivante, chantante, vibrante et libre ! Puisque là aussi, soit je n’y ai plus ma place et continue à vivre et à chanter quand même, soit je ne m’y retrouve plus ou pas assez, et je me sens capable de me détacher du besoin d’être regardée, écoutée et applaudie. Capable aussi de ne plus dépendre d’un groupe pour me produire sur scène.

Côté Église catholique, je ne suis plus ni catéchiste, ni animatrice de chant, ni même paroissienne depuis que je suis devenue SPF -Sans Paroisse Fixe-! Ne me sentant de place ou d’utilité nulle part. Comme étrangère partout, décalée de ce qui s’y vit, trouvant et ressentant parfois le Christ bien plus chez les incroyants et les non-pratiquants, et en même temps faisant indéniablement toujours partie de la famille. De par mon baptême, de par mon amour du Christ surtout, de mon engagement envers Lui.

Et là aussi, comme il est difficile de couper le cordon avec cette mère Eglise catholique, afin de continuer à avancer plus librement vers qui je suis, vers ce à quoi je suis appelée, en tant qu’être humain adulte femme… Compliqué aussi de lâcher ce besoin de reconnaissance de la part de l’institution, ce besoin de me sentir utile et nécessaire en son sein, en étant légitimée par ceux qui représentent l’autorité.

Suis-je alors cet appel au sacerdoce ministériel que je ressens ? Je ne crois pas non plus. Le non actuel de l’institution à l’ordination des femmes ne m’empêchera, ni de répondre oui à Dieu, ni de suivre Jésus-Christ, quelle que soit la manière dont il me guidera. Même si elle m’est encore totalement inconnue à ce jour (et qu’elle m’inquiète un peu, je l’avoue 😬)

Suis-je ce livre que je suis en train d’écrire, suis-je ce blog que j’ai créé pour vous y livrer tout ceci ? Non, je peux et je veux exister sans cela. Je dois exister sans cela même ! Et ne pas être attachée à un nombre de « like », un taux de popularité ou un nombre de « vues » quelconque, qui de toute manière sont éphémères et ne reflètent pas qui je suis réellement. Surtout que l’image que je montre de moi, par écrit ou en photo, reste virtuelle et incomplète…

Je suis tellement plus que tout ceci, vivante et réelle, même sans rien dire, sans rien écrire et sans rien faire d’autre que d’être. Même si par moment, c’est encore si douloureux et que, cet « être » ne semble suffire à mon bonheur. Car la vie a aussi besoin de mouvements, de progressions, d’actions, si infimes soient-ils ! Être et agir sont deux conjugaisons du verbe Aimer et du mot Bonheur …

J’ai eu le temps de réfléchir à qui je suis, de chercher à le découvrir tout au long de ces dernières années. Au travers de la dépression et du burn-out, quand tout ce qui me construisait, tout ce qui faisait sens dans ma vie et me tenait debout, a vacillé et s’est écroulé, parfois lentement et sûrement, mais le plus souvent brutalement et violemment, de façon extrêmement déstabilisante. Une chose chutant après l’autre, comme dans un jeu de domino.

Impossible de faire autrement que de lâcher prise et de se laisser dépouiller et dénuder, même dans les larmes et le sang….

Et pourtant, je choisis aujourd’hui de revoir, recevoir et revivre tout ceci comme un cadeau, un « temps pour soi » qui m’a été donné et m’est encore donné, pour déballer ce don de « qui je suis », et qui n’en finit pas de se déballer, chaque présent en contenant un autre, et encore un autre, … à l’image d’une gigantesque poupée russe d’où sortiraient des poupées multicolores à l’infini. Pour arriver où ? Je ne sais pas.

La vie est mystère, et le champ de « qui je suis » est vaste et tout petit à la fois, nu et précieux comme une seule perle d’infini grand prix, qui serait enfouie profondément dans ce champ. Insaisissable comme un moineau virevoltant dans tout l’azur et jouant au milieu des nuages, mystérieuse comme une partition dont je serais l’instrument et l’orchestre ; dont la musique ne se comprendrait et ne s’entendrait bien qu’avec le coeur…

Dans ce brouhaha de recherches et de questions, la seule chose qui continue à faire sens, dans ce dépouillement et ce « dé-pauvrement » parfois bien douloureux qui me mène toujours plus vers « qui je suis » ; ce n’est pas où je vais qui me tient et me fait avancer – car je n’en ai aucune idée !- mais « qui » je suis, « celui en qui » je mets mes pas.

Et ça je le sais et le choisis résolument : je mets mes pas dans ceux de Jésus-Christ, tant bien que mal, tout comme Lui met ses pas dans les miens, pour les rendre plus assurés.

Et si moi je l’appelle Jésus-Christ, parce que cela correspond à ma vie, à ma culture et à mon histoire, je vous souhaite à tous et toutes de le rencontrer, même si vous lui donnez un autre nom et que votre « nous sommes » -dont nous avons tous besoin pour nous structurer-, correspond à une autre culture ou religion.

Vous le reconnaîtrez à ceci : Il est l’Amour qui ne juge personne et ne condamne personne, un amour qui sauve et qui redonne vie et courage. Un amour qui souhaite, et accomplit, le bien et le bonheur de tous.

Alors que cet Amour là nous bénisse et nous garde tous et toutes, qu’il guide chacun de nos petits ou grands pas ; pas de timides ou de géants, d’allures pressées ou modérées ; pour nous conduire tous ensemble dès ici-bas, vers qui nous sommes en humanité. En donnant aussi la capacité à chacun et chacune, de (re)découvrir qui il est, de (re)connaître son propre -qui je suis-, et de pouvoir en jouïr et s’en réjouir, ici et maintenant, dans le présent de nos vies 🤗

Elisabeth Cécile

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